Voyage au pays de « l’or beige » – Le Parisien

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5 octobre 2001

« AU MILIEU des ténèbres, par soixante mètres de fond, sous la forêt de , s’active une poignée d’hommes sur des machines surdimensionnées. A coup de dynamite, de foreuse et de grue, telles des fourmis géantes, les ouvriers extraient le sans relâche. »

 

LES LIEUX SECRETS DU VAL-D’OISE .
Voyage au pays de « l’or beige »

« Le Parisien » vous invite à découvrir les lieux secrets du département, à visiter ces endroits interdits au public. Aujourd’hui, les carrières de gypse de la forêt de Montmorency.

CARRIERES DE GYPSE DE MONTMORENCY. Sous la terre, des hommes s'activent dans 150 galeries. On se perdrait facilement dans ce dédale de 240 km.   (DR)
CARRIERES DE GYPSE DE MONTMORENCY. Sous la terre, des hommes s’activent dans 150 galeries. On se perdrait facilement dans ce dédale de 240 km. (DR)

AU MILIEU des ténèbres, par soixante mètres de fond, sous la forêt de Montmorency, s’active une poignée d’hommes sur des machines surdimensionnées. A coup de dynamite, de foreuse et de grue, telles des fourmis géantes, les ouvriers extraient le gypse sans relâche. Au fin fond d’un dédale de 150 galeries parallèles, représentant au total une longueur de 240 km, le spectacle de ces engins est surprenant. L’accès se fait depuis un tunnel ouvert à Baillet-en-France. C’est seulement après avoir traversé en voiture des dizaines de galeries identiques, obscures et désertes à vous glacer le sang, qu’on parvient sur les lieux de l’assourdissant chantier d’extraction. Sous le feu de puissants projecteurs, on fore, on mine, on abat et on concasse des blocs compacts qui, en s’effritant, laissent une poudre fine sur le sol : l’or beige, matière première du plâtre. Ce chantier est strictement interdit au public. « Le tunnel est le seul accès possible aux galeries , rapporte Jean-Louis Gaudry, directeur de l’Environnement chez BPB Placo . Il est fermé par une grille en dehors des heures d’activités, qui vont de 6 heures à 18 heures. Notre hantise, ce sont les rave-partys, surtout dans nos carrières à ciel ouvert… Nous avons dû aussi refuser un tournage de film. Cela posait trop de problèmes. Il aurait fallu accueillir une équipe d’une soixantaine de personnes pendant plusieurs jours dans ce réseau d’étroites galeries. » BPB Placo est l’entreprise qui exploite, avec Lafarge, cette carrière.
« Notre hantise ce sont les rave-partys » L’autorisation d’extraction vient de leur être renouvelée pour les trente prochaines années. Le responsable d’exploitation, Joël Labille, parmi les rares personnes autorisées à rouler dans ces rues mortes, en décline la réglementation stricte : « Chaque personne doit disposer d’une lampe torche pour se déplacer. Il convient également de ne jamais s’éloigner de la voiture signalée par un gyrophare et dans le coffre de laquelle se trouve un appareil respiratoire par personne, au cas où… » Les voûtes de huit mètres de haut, méthodiquement creusées autour de piliers de 16 mètres de côté, constituent un réseau à se perdre. « Toutes les galeries sont numérotées. C’est un peu difficile de se repérer au début, mais on s’y fait rapidement », poursuit le responsable d’exploitation.
Une température de 14° o C été comme hiver La fraîcheur des lieux (14° o C, été comme hiver), ajoute à l’impression de se retrouver perdu sous terre. « Nous savons au mètre près l’endroit précis où nous nous trouvons par rapport à la surface. C’est indispensable dans la mesure où, par exemple, il nous est interdit de creuser une galerie sous un pylône électrique », insiste Jean-Louis Gaudry. Le ballet des camions de chargement, tous phares allumés, rythme l’activité de la carrière. La progression du chantier se fait suivant un plan strict basé sur l’aérage des galeries. Dans un autre « quartier » – c’est comme ça qu’on nomme les secteurs de la carrière -, où l’extraction a cessé depuis plusieurs années, des camions déversent du remblai pour combler les galeries. « Des matériaux inertes, provenant notamment de chantiers routiers d’Ile-de-France, précise Jean-Louis Gaudry. C’est l’une de mes principales missions : trouver chaque année un million de tonnes de remblai. » En fin d’exploitation, dans plusieurs décennies, le sous-sol de la forêt de Montmorency devra avoir été complètement rebouché avant d’être restitué au domaine public.

Daniel Pestel

 

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