Paris croule-t-il ?

Journal: 
L’Express
Date: 
17 juin 1999

3 articles sur les effondrements du au anciennes exploitations souterraines dans parus dans l’Express, du même auteur.

 

Paris Croule-t-il ?

par Georges Dupuy

Bâtie sur un sol instable, troué et se nsible au ruissellement, infestée de termites,
la Ville Lumière est un joyau fragile On cherche encore le remède.

Paris croule-t-il ? Le 22 janvier 1998, un trou s’ouvre sous l’escalier des caves du 6, rue d’Odessa, dans le XIVe arrondissement. Le 9 juin, la fissure qui était apparue entre le 18 et le 20, rue Pradier, dans le XIXe, s’élargit. Le 31 juillet, l’immeuble du 14, rue du Docteur-Roux, dans le XVe, est frappé d’un arrêté de péril. Le 20 novembre, le sol se tasse et le mur porteur du numéro 16, rue des Poissonniers, dans le XVIIIe arrondissement, se rompt. Le 24 décembre, la chaussée s’ouvre devant le jardin d’enfants du 11, rue des Quatre-Frères-Peignot, dans le XVe arrondissement. Le même jour (la fratrie porterait-elle la poisse ?), le sous-sol se creuse et un geyser inonde l’entrée du 44, rue des Trois-Frères, à , déclaré immédiatement en péril.

Paris croule, Paris fuit. Le 11 février dernier, la navigation est suspendue sur le canal Saint-Martin. Le niveau du radier du Combat, l’un des bassins du canal, a fortement baissé. L’eau est passée dans les caves voisines, imbibant les quais. Les plongeurs découvrent une boutonnière de 8 mètres de longueur.

Paris glisse aussi. Dans le XVIe arrondissement, après cinq années de consolidation des bâtiments existants, les pelleteuses ont retrouvé le chemin du parc de Passy, en bordure de Seine. Dans la nuit de Noël 1993, déjà, les terrains avaient commencé à rouler sur les nodules d’argile du sous-sol comme sur des billes. Et les habitants du 21, du 23 et du 25 de la rue Raynouard avaient bien cru finir dans le trou creusé au pied de la colline de Passy. «Tout le monde savait que le terrain était instable», commente l’avocat Jean-Yves Sayn. Pauvre rue Raynouard ! Le 17 février 1978, un autre glissement de terrain avait entraîné la rupture d’une conduite de gaz. Soufflant trois immeubles du quartier et faisant 12 morts.

Ce n’est rien comparé à l’apocalypse prévue par Paco Rabanne entre juillet et août prochain (1999, le Feu du ciel, chez Michel Lafon). Le sous-sol parisien y tient une place de choix aux côtés de la station Mir, bourrée d’ogives nucléaires, qui doit s’écraser sur Vincennes. Vision d’enfer : «D’autres bâtiments d’un seul coup disparaissent dans les gouffres béants de ce gruyère qu’est le sous-sol parisien», écrit le couturier millénariste, qui aurait pu tout aussi bien parler des termites. Sans attendre la fin du monde, les insectes se sont déjà attaqués à environ 2 000 immeubles. Une chose est sûre : ils ne s’arrêteront pas là.

Sur le fond, le grand gourou de la réincarnation, qui fut certainement géologue en chef dans une de ses mille vies antérieures, n’a pas totalement tort. Le sous-sol creusé, remblayé, défoncé et rebâti est tout sauf un modèle de stabilité. Un bon quart des 100 000 immeubles sont construits au-dessus d’anciennes carrières. Sous les pieds des Parisiens, tout ce dont une ville moderne a besoin : 250 kilomètres de lignes de métro et de RER, 100 kilomètres de couloirs piétons, 2 000 kilomètres d’égouts, 3 000 kilomètres de conduites d’eau. Sans oublier, en surface, sous les trottoirs, le maillage des 3 200 kilomètres de lignes électriques à haute et moyenne tension, 2 400 kilomètres de canalisations de gaz, 150 kilomètres de conduites de chauffage urbain et 2,8 millions de kilomètres de lignes à basse tension.

Cinq siècles d’exploitation
Depuis 1777, «Paris gruyère» est la chasse gardée de l’IGC. Comprenez l’Inspection générale des carrières, qui surveille les sous-sols, fait des relevés et intervient sur les sondages. Elle regarde aussi à la loupe les permis de construire déposés dans les zones sous haute surveillance. Enfin, les notaires sont obligés de la consulter en cas de mutation.

Dans son bureau, au 1, place Denfert-Rochereau, au-dessus des catacombes, Michel Roesch, inspecteur général adjoint de ce service municipal qui travaille aussi pour la région parisienne, a fixé la carte générale de cinq siècles d’exploitation des sous-sols. Une carte qu’il faut croiser avec celle des géologues pour comprendre où se situent les risques potentiels.

Au sud, le calcaire grossier, la pierre à bâtir. Son emprise en forme de trapèze jaune pâle couvre le XIIIe, le XIVe et le Ve arrondissement, ainsi qu’une partie du XVe et du VIe. Un bon sol. Bien dur, sans traîtrise. N’étaient les vestiges de sa longue exploitation. Carrières souterraines laissées en l’état ou à ciel ouvert remblayées. Au total, 835 hectares parcourus par quelque 285 kilomètres de galeries publiques et privées enfoncées entre 5 et 35 mètres de profondeur.

Les cataphiles – les purs et durs, pas les tordus friands de messes noires ou les skinheads déjantés – parlent avec émotion de cette cité en creux, impressionnante de silence. Des grandes salles, des galeries sans fin, des labyrinthes dangereux pour les néophytes, dont certains tournent pendant des heures avant d’être récupérés par les pompiers. Pas de danger pour les véritables amateurs, qui possèdent, eux, des plans aussi précis que ceux des professionnels. Ce qui n’est pas vraiment un exploit. Pour 102 F, tout le monde peut connaître ce qui se trame sous son immeuble. L’IGC a découpé Paris en 137 cartes au 1/1 000. De véritables petits bijoux de précision, fruit de dizaines d’années de relevés et d’informations diverses, qui devraient, pour bien faire, être obligatoirement annexés à tout contrat de vente.

Amis néo-zélandais, bonjour ! Même si l’article 552 du Code civil ne fait pas référence aux Enfers, comme le droit romain, le propriétaire d’un immeuble ou d’un appartement est aussi propriétaire du sous-sol jusqu’au centre de la terre. Exception faite, bien sûr, de tout ce qui pourrait rapporter gros, comme le pétrole, les diamants ou les mines d’or. Bon prince, l’Etat vous laisse les ennuis et la responsabilité de l’entretien de votre sable de Beauchamp ou de vos marnes et caillasses.

Les cartes ne disent cependant pas tout. Elles comportent un peu partout des zones blanches. Plus ou moins importantes. Certes, forte de ses deux cent vingt-deux années d’expérience, l’IGC sait énormément de choses sur les carrières. Mais elle ne connaît pas partout l’état de dégradation des exploitations, ni ce qui se passe derrière les galeries éboulées ou sous les terrains particuliers, ni le sérieux avec lequel on a réalisé les consolidations qu’elle a préconisées. Scandale dans les années 80 : quelques entrepreneurs s’étaient assurés des rentrées substantielles en trichant sur les quantités de ciment des injections.

Alors, faute de pouvoir sonder sous chaque maison, sous chaque rue, sous chaque jardin, la prudence est de mise. Partout. Jacques Fine, patron du centre d’études et de recherches géotechniques de l’école des Mines de Paris, installé à Fontainebleau, est un homme méfiant. Les carrières ne lui disent rien de bon. «Ça peut durer mille ans et s’effondrer en huit jours», dit Fine, en énumérant quelques risques potentiels : le fontis, cet éboulement souterrain en forme de cloche qui aspire les terrains supérieurs moins consistants et gagne la surface de proche en proche, ou l’explosion de vieux piliers de soutènement soumis au poids des sols et aux vibrations de la circulation.

Après la pierre à bâtir, la pierre à plâtre. Au nord-nord-est, voici le Paris du . Une grosse banane verte et molle qui s’étend du XVIIIe au XXe arrondissement. Ses carrières à trois niveaux – dont certains pouvaient atteindre jusqu’à 18 mètres de profondeur dans le secteur de Montmartre – ont, certes, toutes été détruites et remblayées. Mais la menace demeure. Et les géologues se posent aujourd’hui des questions sur la résistance des poches situées à très grande profondeur, au niveau des nappes phréatiques inférieures.

L’eau et le gypse, le couple infernal. Souvenez-vous de vos cours de quatrième: le gypse que l’on chauffe pour faire du plâtre est une roche diaboliquement soluble dans l’eau courante. A raison de 2,5 grammes par litre. Bien sûr, jusqu’ici, Paris n’a rien connu de comparable à la catastrophe de Chanteloup-les-Vignes, en 1991. Un trou de 60 mètres sur 80 mètres de profondeur. Mais, quand la SNCF a décidé de refaire la gare du Nord, elle a quand même découvert une nef de cathédrale sous ses pieds. Souvenir de l’époque où les cheminots pompaient l’eau de la nappe pour alimenter les locomotives à vapeur.

Les grands pompages ne sont pas tous à l’origine des grands lessivages du gypse. Ainsi, l’affaissement de deux immeubles rue (IXe) lors du creusement de la ligne Eole serait dû à un vide causé par la malheureuse conjonction d’un vieux puits souterrain mal remblayé et des ruissellements. Leur origine est diverse. Mais les professionnels savent pertinemment que les réseaux publics sont bien entretenus. Les fuites les plus courantes et les plus sournoises proviennent du réseau privé. Dangereuses quand l’immeuble est bâti dans une zone à gypse. Tout aussi inquiétantes quand il s’agit de limons, comme au centre de Paris, ou de remblai constitué souvent de n’importe quoi, de débris de pierres, de déchets de construction et d’ordures variées. Ce «poubellien supérieur» qu’un rien peut raviner. Certains immeubles du XVIIIe ont tout faux, qui reposent à la fois sur du gypse et du remblai.
«Dès qu’il y a la moindre fissure dans les caves, il faut être vigilant», souligne une architecte au Pacte de Paris. Problème : bien souvent, les caves sont encombrées. Inaccessibles. «Le premier conseil est de nettoyer les caves. On ne peut pas passer notre temps à aller fouiller sous les immeubles», remarque un syndic qui déplore le manque d’actions préventives.

Mille et un exemples émaillent la vie des constructions parisiennes. Plus ou moins bénins. Il aura ainsi fallu des tonnes de coulis de béton pour consolider cet immeuble à pans de bois de la rue de Turenne, dans le IIIe arrondissement, fragilisé par l’éclatement du collecteur. Mais ses propriétaires n’ont pas été forcés de revenir de vacances en catastrophe, comme le gérant du 6, rue Saulnier, dans le IXe arrondissement. Son immeuble était descendu de 12 centimètres. Un «désordre» impressionnant. «Je pouvais passer la main dans une fissure du mur maître et le sol des caves avait disparu dans un trou de 6 à 7 mètres de profondeur», raconte-t-il. Explication : les Folies-Bergère avaient coulé dans le plancher en béton de leur cuisine la conduite d’eau sous pression nécessaire à l’intervention des pompiers. Quand le plancher a plié sous le poids des fourneaux, celle-ci s’est rompue.
Chaque année, 16 000 immeubles menacent la sécurité des Parisiens. Mais Jean-François Le Strat, chef du bureau des immeubles en péril à la préfecture de Paris, en compte seulement 800 qui font l’objet d’une des trois procédures de péril. A la base des désordres, la vétusté des constructions, les incendies et, plus récemment, les dommages collatéraux induits par les chantiers de construction, qui creusent de plus en plus profond. De fait, depuis une dizaine d’années, les promoteurs sont obligés de prévoir un nombre de parkings adaptés à celui des appartements neufs qu’ils souhaitent construire.

Deux écoles d’urbanisme
Certes, les techniques modernes permettent d’aller de plus en plus bas sans problème. Elles n’en brutalisent pas moins les immeubles voisins. «Quand on fore des micro-pieux, ça secoue tout le voisinage», reconnaît un promoteur. Honnête. Un rock ‘n’ roll d’autant plus traumatisant que la plupart des constructions parisiennes sont construites légèrement sur des fondations très peu profondes.

Partout, grands et petits chantiers sont accusés d’introduire de nouvelles conditions de rupture. En bouleversant l’équilibre des sous-sols. Et que dire de l’occupation forcenée des tréfonds ? Avec Météor, la nouvelle ligne de la RATP, 12 tunnels s’empilent désormais sous la zone du Châtelet !

Halte aux grands programmes et aux parkings ! Urbanisme léger contre urbanisme lourd, deux écoles s’affrontent aujourd’hui. Celle qui refuse de toucher aux sous-sols contre celle qui veut que les constructions en profondeur les consolident. L’Inspection générale des carrières a même durci ses préconisations. Xavier Bouthillon, PDG de Paris Ouest Immo, ironise: «Aujourd’hui, dans certains quartiers sensibles, quand un commerçant veut changer sa vitrine, on lui demande des pieux jusqu’au centre de la Terre.» L’IGC plaide l’évolution des mœurs et des lois en faveur d’une sécurité plus grande. Mais ses exigences ont un prix. Construire des fondations spéciales coûte environ 1 000 F le mètre carré.

A Montmartre, au royaume du gypse, les partisans du léger ont gagné. La ville de Paris a abandonné l’obligation de construire des parkings. Une victoire qui pourrait faire jurisprudence. Mais, déjà, les urbanistes du futur pensent autoroutes souterraines, complexes commerciaux enterrés, voire stockages souterrains de gaz ou de pétrole. Pour eux, la conquête du sous-sol ne fait que commencer. En attendant, les ingénieurs de la Sagep, chargée notamment de la sécurité d’approvisionnement en eau de Paris, savent qu’ils ont mangé leur pain blanc. Après la ceinture sud, qu’ils finissent de creuser sans problème, ils devront d’ici à dix ans doubler la conduite d’eau existante entre Nation et la place Dauphine. Un parcours en pleine pierre à plâtre. Où, à chaque pas, le ciel peut vraiment leur tomber sur la tête.

Le cocon troué de la rue Papillon

par Georges Dupuy

Jean-Yves Guion, le patron du Bistrot Papillon, au 6, rue Papillon, dans le IXe arrondissement, se souvient du 22 décembre 1995 comme si c’était hier. A 5 heures du matin, tout tremble. L’aile ouest du no 4 s’enfonce dans un trou. Douze centimètres de chute. Tous les poteaux du rez-de-chaussée descendent. Ce qui reste de l’immeuble est accroché au mur mitoyen avec le 6, qui subit à son tour d’importants dégâts. Heureusement, le turc du coin, moitié café, moitié tripot, est vide depuis quelques semaines. Panique ! Le secteur est évacué. Les immeubles sont déclarés en péril. Les charpentiers de Paris consolident à tout va tandis qu’une noria de camions déverse dans le sous-sol et les caves des tonnes de coulis de béton. Entre-temps, la cour s’est effondrée. 30 mètres plus bas, le tunnelier autrichien qui creuse le second tunnel d’Eole en direction de la gare Saint-Lazare pour le compte de la SNCF a rencontré un gros vide. Probablement une grande poche de dissolution de gypse. Peut-être y avait-il déjà un trou formé autour d’un vieux puits abandonné et mal remblayé. Toujours est-il que c’est Eole qui a achevé la besogne et fait s’écrouler les terrains du dessus. Au 1, place Valhubert, à côté de la gare d’Austerlitz, Guy Delaplace, le responsable des grands projets de la SNCF en Ile-de-France, dessine un schéma grossier du tracé du tunnel : «Regardez! Là, rue Papillon, nous étions sortis du Xe arrondissement classé zones à risques.»

Les Papillons ont échafaudé une théorie : La SNCF était en retard sur son planning. Comme elle n’avait pas eu de problème dans le creusement du premier tunnel d’Eole et qu’elle pensait bien ne plus en rencontrer sur le second, elle aurait alors demandé au tunnelier d’accélérer. Guy Laplace explique : «Au contraire, dans les ouvrages souterrains, la vitesse est un facteur de sécurité. Plus on va vite, plus vite on peut passer à la phase de consolidation.»

A qui la faute ? Pour Laplace, la Société nationale ne saurait être tenue pour totalement responsable. La dissolution du gypse avait commencé bien avant qu’Eole soit décidé. Conséquence : «Même si nous n’étions pas passés par là, l’incident aurait quand même eu lieu à échelle d’homme.» En clair, les propriétaires de la rue Papillon auraient alors dû faire face, seuls, à leurs obligations légales. On comprend que les sinistrés aient la nette impression qu’on se moque d’eux. D’autant que la SNCF estime qu’elle n’a pas à rembourser la vétusté et le manque d’entretien des immeubles. Tollé ! «Ils oublient les dégâts dus au creusement, en 1991, d’un puits de reconnaissance sous le nº 8», souligne l’architecte Michel Prouvé-Colle, qui énumère les fissures, les poutres et les planchers dissociés par les vibrations. «C’est la lutte du pot de terre contre le pot de fer», affirme Jean-Yves Guion.

Les habitants des nos 4 et 6 attendent une dizaine de millions de francs d’indemnisation. La justice devrait bientôt trancher. Trois ans, ça suffit. Les Papillons qui ont été relogés ailleurs aimeraient bien pouvoir rentrer chez eux. Les autres voudraient ne plus vivre dans des appartements fissurés et de guingois.
En attendant, l’ a soudé les habitants du quartier. Chaque année, en mai, ils se retrouvent pour faire la fête. Ils ont créé une association pour le renouveau du quartier. Ne leur parlez surtout pas de la dissoudre !

La bataille de Montmartre

par Georges Dupuy

La bataille des sous-sols parisiens se gagnera-t-elle à Montmartre, sur cette dent malade, creuse et branlante, haute de 126 mètres ? Christophe Careshe, député et adjoint au maire du XVIIIe chargé de l’urbanisme, le croit. En tout cas, les habitants de l’arrondissement devront se prononcer d’ici à la fin de juillet sur un nouveau plan d’occupation des sols (POS) propre à la plus haute butte de Paris.
Certaines de ses dispositions devraient donner du grain à moudre à tous ceux qui, à Paris, se battent pour un urbanisme plus léger. Plus respectueux aussi de son impact sur le voisinage. La ville de Paris a, ainsi, abandonné l’obligation de construire des parkings sous des bâtiments neufs. Par ailleurs, tout permis de construire devra recueillir l’avis d’un architecte des Bâtiments de France et d’un membre de l’Inspection générale des carrières. Leurs prescriptions en matière de fondations ou de consolidations seront portées à la connaissance des riverains, qui pourront également exiger de fournir les éléments d’information sur leur réalisation.

Danièle Pélissier, présidente de l’Association de défense de Montmartre, y voit le fruit de plusieurs années de combat. Ici, sur ce haut lieu des grandes carrières de gypse et de la production de plâtre, le sous-sol est un souci récurrent. Malgré l’opposition virulente des commerçants de la place du Tertre, l’association de Danièle Pélissier avait ainsi réclamé – et obtenu – l’interdiction de stationnement des cars de tourisme au sommet de la butte. Motif : le risque de tassement des terrains sous les vibrations des véhicules.

Depuis dix ans, les projets de parkings, comme celui de l’avenue Junot en 1990 ou les quatre niveaux initialement prévus sous le théâtre des Abbesses, ont mobilisé les énergies. Sans parler de la levée de boucliers à la simple idée que l’on puisse creuser sous le Maquis, un coin historique du vieux Montmartre classé par l’Etat.
Pas touche à la butte ! Depuis 1980, les initiés n’ignorent rien de sa fragilité. Vingt ans après, le rapport de 61 pages du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) reste d’actualité. Les conclusions de cette étude unique sur le sous-sol parisien sont éloquentes. Elles dénoncent, en vrac, «la présence d’éléments géologiques défavorables (masses de gypse avec poches de dissolution, nappe perchée, absence de couches résistantes pour arrêter la montée des fontis) et d’éléments anthropiques mal connus (anciennes carrières, remblais argileux hétérogènes, immeubles anciens mal fondés)». La totale.

Pas étonnant, alors, que les incidents soient courants sur la butte. Plus ou moins importants. Le 24 décembre 1998, au 44 de la rue des Trois-Frères, un éboulement souterrain entraîne un geyser et l’évacuation des habitants. Un an auparavant, le 32 de la rue Feutrier avait été déclaré immeuble en péril, et le 34 avait dû consolider ses fondations. Là haut, tout est plus difficile. Ainsi, le promoteur qui voulait aménager le 3 bis, rue d’Orchampt a bataillé pendant dix ans jusque devant le tribunal administratif pour obtenir son permis de construire.

Danièle Pélissier, elle, serait pour ne rien toucher à son Montmartre chéri. Jamais. Christophe Careshe pense que le nouveau POS permettra de trouver un équilibre. Nul doute que le prix du mètre carré, déjà particulièrement élevé dans cette zone, ne s’en ressente. Rue Burq, le projet de transformation d’un ancien hôtel acheté par la ville de Paris a longtemps buté sur son coût de consolidation : 3 millions de francs. «A Montmartre, les prescriptions sont importantes parce qu’elles doivent prendre en compte non seulement l’endroit précis où il y a des risques, mais également l’ensemble des bâtiments voisins», explique Christophe Careshe.

Le député n’a pas renoncé à implanter un observatoire du sous-sol montmartrois avec l’aide du BRGM. Une pierre de taille dans le jardin de l’Inspection générale des carrières.

 

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