Les drôles de soirées underground de la capitale

leparisienLe Parisien
26 octobre

« Chaque week-end, le sous-sol parisien devient le repaire des . Dans les 300 kilomètres de galeries des anciennes carrières, ils se donnent rendez-vous pour passer quelques heures à refaire le monde. »

 

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Chaque week-end, le sous-sol parisien devient le repaire des cataphiles. Dans les 300 kilomètres de galeries des anciennes carrières, ils se donnent rendez-vous pour passer quelques heures à refaire le monde.

Les drôles de soirées underground de la capitale

IL ARRIVE de faire de curieuses rencontres sur les trottoirs des XIV e et XV e arrondissements le samedi soir. Ils ont des allures de spéléologues, se saluent par des pseudos ­ Céleste, Lafouine ou encore Ciguë ­ à la nuit tombée s’enfoncent sous une plaque d’égout pour n’y réapparaître que quelques heures plus tard. Parfois seulement au petit matin. Les rumeurs autour des messes noires, des sectes ou encore de trafics de drogue sont tenaces. Rien de tout cela pourtant ne se déroule dans les carrières parisiennes. Les cataphiles ­ ou ktaphiles selon leur expression ­, c’est ainsi qu’on nomme ces passionnés des sous-sols, informaticiens, banquiers, étudiants ou artistes la journée, y descendent pour y passer un moment agréable. Pour le plaisir de s’asseoir sur des bancs taillés dans la pierre, dans une salle avec d’autres que l’on ne connaît souvent que par le pseudo, en buvant un verre de vin accompagné d’une tartine de tapenade. Un lieu idéal pour refaire le monde, parler de ses projets, mais aussi expliquer le chemin le plus direct pour accéder aux nouvelles salles découvertes. Le temps est suspendu, les montres sont taboues dans ces retraites souterraines plongées dans le noir, dont l’entrée est strictement interdite et peut se révéler dangereuse pour les néophytes. Les cataphiles servent de guide. Il faut alors s’armer de bottes en caoutchouc, d’une lampe et ne pas craindre de marcher plusieurs centaines de mètres le dos courbé, ramper, se faufiler dans une chatière à peine plus large que les épaules, et traverser des galeries inondées.

Danser la gavotte à 20 mètres sous terre

Depuis dix ans, Lotus ne se lasse pas de passer quelques soirées par semaine sous terre. Il est descendu la première fois avec un ami par curiosité. Puis au gré des rencontres, il a appris à reconnaître les différents bancs de calcaire, à déchiffrer les inscriptions laissées par les ingénieurs de l’inspection des carrières lorsqu’ils ont consolidé et répertorié les galeries. Il a écouté les différentes versions de l’histoire de Philibert Aspairt, le portier du Val de Grâce, qui s’est perdu en 1793 et dont on a retrouvé le squelette et le trousseau de clés onze ans plus tard. Il s’est plongé dans les livres d’histoire pour comprendre. Et se délecte maintenant de faire découvrir aux « touristes » le château qu’un ébéniste a sculpté dans la pierre, les bas-reliefs, les reproductions du Guernica de Picasso, ou encore les fresques de la galerie des Promos de l’Ecole des Mines. La semaine dernière, avec les « ktabreizh », un groupe de cataphiles bretons, il a participé à l’organisation d’un festnoz sous terre pour plus de 300 personnes. Une demi-heure de marche pour accéder à une grande salle et danser la gavotte à 20 mètres sous terre, en buvant la bière de Morlaix, une galette au sarrasin à la main, à la lueur de centaines de bougies. Ces soirées, comme le « ktacooking », un concours de cuisine sous terre ou le «ktasprint», une course dans les dédales des galeries, restent exceptionnelles. Les cataphiles aiment partager leur passion mais apprécient avant tout la tranquillité des sous-sols. Pour éviter toute intrusion et tout débordement, ils n’hésitent pas à marquer leur territoire en lançant quelques fumigènes pour répandre une épaisse fumée et décourager les touristes ou les éléments perturbateurs.

Emeline Cazi

 

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