Les caves secretes de la capitale

Journal: 
Le
Date: 
3 mars

Concentré dans les Ier, IIe, IVe, Ve, et XIVe arrondissements ce
patrimoine archéologique méconnu est souvent inaccessible au public. Visite….

Les secrètes de la capitale

Concentré dans les Ier, IIe, IVe, Ve, et XIVe arrondissements ce
patrimoine archéologique méconnu est souvent inaccessible au public. Visite.

On peut s’aventurer dans les entrailles de la ville en visitant la
crypte de Notre-Dame, les thermes de Cluny ou les catacombes. Mais il
existe d’autres lieux souterrains chargés d’histoire, invisibles du
commun des piétons : de belles caves anciennes lovés sous les trottoirs
de . De construction très antérieure à celle de l’immeuble qui les
surplombe, quelques-uns de ces trésors archéologiques cachés, souvent
classés aux Monuments historiques, reposent dans des écrins plutôt
inattendus.

Ainsi, au n° 24 de la rue de Poissy, l’ancien réfectoire du couvent des
Bernardins, bâti au XIIIe ou au XIVe siècle, sert d’internat à l’Ecole
de police, après avoir longtemps hébergé une caserne de pompiers Sous
ses voûtes vénérables ont été installés des bureaux et une salle de
jeux. De jeunes policiers y jouent au baby-foot sans se douter que dort
sous leurs pieds l’une des caves les plus étonnantes du quartier de la
Montagne-Sainte-Geneviève : un immense cellier gothique d’environ 50
mètres de long.

La Préfecture de Police a exceptionnellement ouvert pour Le Figaro la
trappe de ce cellier malheureusement remblayé dès 1700, jusqu’à
mi-hauteur de ses deux rangées de 16 piliers, afin d’éviter qu’ils ne
s’effondrent ! Après avoir été envahie de sacs de farine, puis de
tonneaux de vin, cette cave est vide depuis 1995.

Chapelles ensevelies

Enthousiasmée par ce remarquable témoignage de l’art médiéval la
Commission du Vieux Paris voulut y installer, au XIXe siècle un musée
lapidaire. C’était un projet déraisonnable, reconnaît aujourd’hui Michel
Fleury, président de la commission Mais il est dommage que cette salle
ne soit pas exploitée : je pense toutefois que l’internat de police ne
restera pas là éternellement. C’est une situation provisoire », précise-t-il

Dans un ouvrage sur les souterrains de Paris (1), Patrick Saletta
évoquait une autre chapelle, oubliée à 10 mètres sous terre, près du
Luxembourg, sous un immeuble ordinaire de la rue Pierre-Nicole. Bourru,
le gardien de l’immeuble n’aime pas les visites. « Il y a quinze ans, des
touristes débarquaient pour voir la chapelle, se souvient-il. Mais je ne
suis pas payé pour faire le guide ! »

Il est vrai que le lieu est invisible et son entrée dissimulée entre un
parking et un local à poubelles : une porte métallique fermée à double
tour s’ouvre sur un couloir faiblement éclairé. Un escalier descend là à
pic, dans l’obscurité, jusqu’à la chapelle souterraine intacte d’un
ancien couvent de carmélites édifié en 1855.

Refaite en 1895, elle conserve de multiples petits autels, trois statues
dont une Vierge à l’enfant, et plusieurs plaques commémoratives. On
apprend ainsi qu’on peut-être été ensevelis ici les ossements de
bénédictins du prieuré médiéval de Notre-Dame-desChamps qui occupait cet
emplacement. Scellée dans le sol, une dalle prévient enfin que durant
des siècles les Parisiens sont venus vénérer les restes du « bienheureux
Reginald dominicain et professeur de l’Université de Paris, inhumé en 1220.

Les chapelles ensevelies ne sont heureusement pas toutes abandonnées.
Rue du Pont-Louis Philippe, la Communauté de Jérusalem a aménagé une
chapelle souterraine, en 1992-1993. Cela reste exceptionnel. A moins que
des église n’existent encore au-dessus des chapelles souterraines, comme
sous l’église Saint-Eustache, la plupart du temps, ces sanctuaires d’un
autre âge sont reconvertis, selon les besoins du propriétaire, en
secrète salle d’archives, en bureaux, ou en salle de conférences, comme
sous une société informatique de la rue Valette, ou sous la Maison
européenne de la photographie

Sous les grands magasins C&A, rue de Rivoli, une crypte dite « de la
Chasse » datant du XIVe siècle, abrite des montagnes de dossiers et
d’archives. Constituée de deux massifs piliers supportant deux allées de
trois croisées d’ogives, elle a bénéficié d’une restauration soignée,
menée par les compagnons du Devoir.

La boutique Agnès b. s’est installée dans des locaux du 6, rue du Jour,
situés au-dessus d’un petit morceau de cave rescapé des celliers
gothiques de la défunte abbaye de Royaumont. On dit que d’impétueux
duellistes ont croisé le fer sous ces voûtes, afin de se soustraire aux
foudres du pouvoir, les duels étant devenus illégaux. De la même
manière, le cave de la librairie Gibert, 25, boulevard Saint-Michel, où
l’on stocke les ouvrages, n’est visitée que par les chefs de rayon.

Ossements humains

Il est cependant des caves plus accessibles, comme celle du siège de
l’Association de sauvegarde du Paris historique, rue François-Miron,
dans le Marais. L’escalier abrupt de cette ancienne dépendance d’une
abbaye cistercienne mène à un cellier, avec ses trois nefs de quatre
travées voûtées en croisée d’ogive. Découvert dans les années 50 et
classé, il n’en finit pas d’être restauré par des bénévoles. Il
accueille expsitions de photos et tournage de films : les Vidocq ou plus
récemment Le Rouge et le Noir. Un pan de mur en polystyrène témoigne de
ce tournage. Non loin, au n° 12 de la rue de Jouy, les membres de
l’association juive Le Pletzl montrent eux aussi aux curieux la
minuscule cave médiévale située sous la permanence de Lucien Finel,
maire de l’arrondissement.

De nombreuses caves des IVe et Ve arrondissements ont été aménagées par
des restaurateurs. Quai de la Tournelle, la prestigieuse Tour d’Argent
conserve dans ses 1000 m2 de caves du XVIe siècle réparties sur deux
niveaux, 5000 fines liqueurs et grands crus. Un petit Musée du vin
réservé aux convives y raconte, avec son et lumière, l’histoire des
Rothschild, Margaux, Médoc et autre Château-Yquem ici exposés. Une
petite plaque clouée sur une porte évoque la Seconde Guerre mondiale,
elle qui fut « murée le 14 juin 1940 des mains de Claude Terrail, actuel
propriétaire, revenu clandestinement de la base aérienne de Milau ».

A deux pas du Panthéon 1, rue Laplace, on boit de la vodka sur des airs
de balalaïka, dans une cave du XIIIe siècle métamorphosée en restaurant
Deux autres niveaux de caves restent toutefois fermés aux clients. « Dans
cette cave gallo-romaine, ont été emprisonnés des gens pendant la
Révolution », assure le patron, Marc de Loutchek. On trouve de ces caves
incroyables à deux ou trois étages d’époques différentes ruse
Cloche-Perce et rue de Lanneau sous le restaurant Le Coupe-Chou.

Certaines cavités anciennes ont été moins bien préservées. On a remblayé
un hectare de cave 28, rue Dareau (XIVe). Ailleurs ce fut la hâte de
restaurer un vieil immeuble qui conduisit à raser les caves : rue de
l’Université, l’ancien hôtel de Monsieur frère du roi a été totalement
démoli, avec ses caves gothiques. Rue Chapon (IIIe), sous l’hôtel
Passart (XVIIe siècle), une très belle cave xvn siècle a subi le même
sort, en 1992.

Malmenés ou préservés, les sous-sols de Parie ont toujours attisé
l’imagination. Certains ont inventé à leurs sous-sols un passé étrange,
comme cet habitant de la rue aux Ours, persuadé que sa vieille cave
avait servi à parquer des ours au Moyen Age. Ou comme ce commerçant du
Marais qui piocherait depuis des années dans la terre de sa cave : il
aurait déterré des pots brisés, et même. des os humains.

Anne-Sophie CATHALA

(1) Plusieurs ouvrages récents évoquent ponctuellement les caves de la
capitale La Montagne Sainte-Geneviève et le quartier Latin per Alexandre
Gady, Ed. Hoëbeke, 1998, 148 francs (22,56 euros). Guide du Paris
médiéval par Laure Beaumont-Maillet, Hazan, 1997, 98 francs (14,94
euros). A la découverte des souterrains de Paris de Patrick Saletta,
éditions Sides, 1990, 390 francs (59,46 euro).

Encart 1
———
Le mythe de la Bastille

Certains Parisiens croient dur comme fer que des couloirs souterrains
relient leur cave à la Bastille. C’est évidemment faux Ce qui est sûr,
c’est qu’une crypte existe sous la place de la Bastille, dans les
fondations de la colonne de Juillet. C’est là que furent inhumé les 508
dépouilles des victimes de la révolution de 1830, auxquelles on ajouta
celles de la révolution de 1848.

Encart 2
———
Thermes gallo-romains au menu

Lorsqu’il acheta il y a trente-sept ans cette charmante demeure à
colombages de la rue de Lanneau (Ve), à côte du Collège de France, le
patron du restaurant Le Coupe-Chou ne se doutait pas qu’il deviendrait
par la même occasion propriétaire de thermes gallo-romains. Alors qu’il
faisait déblayer les caves, comblées par d’anciens, occupants Christian
Azzopardi découvrit un jour, ébahi, que le sous-sol de son établissement
était truffé de pierres gallo-romaines. Rien d’étonnant, sachant que
nous sommes à quelques rues de Cluny. Vers l’an 170 avant Jésus-Christ
une cité gallo-romaine s’était implantée ici.
A force de creuser il mit au jour plusieurs poteries façonnées au XIIe
siècle, des statuettes gallo-romaines, les anciennes plaques des rues
Chartiere et du Mont-Saint-Hilaire (ancien nom de la rue de Lanneau).

Certificat

Il restaura aussi un puits du XVIe siècle, visible au deuxième sous-sol.
Mais le plus étonnant fut assurément l’apparition d’une conduite d’eau
chaude et d’une piscine gallo-romaines, surgis du tréfonds d’une des
trois caves. « N’ayant obtenu aucune subvention de la Ville ou des
Monuments historiques, nous avons fait déblayer ces trésors à nos frais,
très précautionneusement, pour ne rien abîmer. Je suis ainsi devenu
archéologue malgré moi ! » raconte-t-il.

Il y a quelques jours, cet ancien comédien passionné d’histoire a reçu
pour la première fois la visite d’un représentant des Monuments
historiques, qui lui a confirmé l’authenticité de ses vestiges, en lui
confiant un plan établi d’après des archives. Il contemple, ému, ce
certificat tant espéré. « Je vais l’encadrer et l’afficher dans la salle
du restaurant, pour que les clients sachent qu’ils dînent au-dessus
d’inestimables vestiges », s’enthousiasme Christian Azzopardi.

A.-S.C.

 

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