Les Catacombes de Paris

Blog:
Cryptel
Date:
1999
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Texte de Dafalgan
« Seb avait désiré ce soir-là nous faire découvrir un endroit qui sort de l’ordinaire. Il nous avait prévenu : « La première descente, c’est le genre de soirée qu’on ne peut pas oublier. » Il avait décidé de nous emmener dans cet endroit mystérieux qu’il appelait les Catas. « Le texte ci-dessus est un coupé/collé extrait de Cryptel No 5 (1999)

Acte II

galerie_bizarreSeb avait désiré ce soir-là nous faire découvrir un endroit qui sort de l’ordinaire. Il nous avait prévenu : « La première descente, c’est le genre de soirée qu’on ne peut pas oublier. » Il avait décidé de nous emmener dans cet endroit mystérieux qu’il appelait les Catas.
Connaissant Sébastien depuis un certain temps, je savais qu’il ne mentait pas et que nous allions certainement passer une nuit mémorable, mais lorsque j’ai éclairé pour la première fois le fond du puits d’accès à l’aide de ma Maglite®, j’avoue que j’ai bien failli ne pas descendre. « C’est un puits de 14 mètres de profondeur », annonça Seb, « Il n’est pas bien large, je vous conseille de vous adosser contre la paroi si vous commencez à fatiguer. Il y a un échelon cassé vers le milieu. » Je suis descendu juste avant Seb qui devait entrer le dernier afin de refermer la plaque d’égoût qui n’en était pas une.

La descente était longue et fatiguante. Toute chute aurait été douloureuse pour celui qui tombait, mais aussi pour tous ceux qui étaient encore au-dessous, descendant péniblement les échelons glissants.
Une fois en bas, c’était l’étonnement général devant ces galeries creusées dans la roche calcaire et partant dans trois directions, sauf pour Seb qui se sentait chez lui, bien qu’on remarquait dans son regard un émerveillement certain pour ces galeries sous Paris dont parfois la lumière de ma Maglite ne touchait pas le bout. Seb nous avait demandé de tous venir revêtus de vieux habits, et d’être tous équipés d’au moins une lampe. Seb avait une vieille lampe de mineur, qui dégageait un halo de lumière qui permettait de tout voir autour de nous.
Je comprenais maintenant vraiment la nécessité des lampes, car là-bas il est extrêmement rare de croiser un photon venant de la surface. « Seulement lorsqu’on passe en journée sous un puits » me répondit Seb quand je lui ai posé la question.
Il prit une des trois galeries, en direction du nord d’après moi, mais j’ai très vite perdu tout sens de l’orientation. Et c’est quelques centaines de mètres plus loin que nous avons réalisé combien nos vieux jeans et vieilles chaussures étaient utiles. En effet, nous avions les pieds dans l’eau. Une eau claire, certes, mais seulement quand on est le premier à marcher dedans ! Et ne connaissant absolument pas le chemin et étant déjà incapable de revenir à la sortie, je ne pouvais pas avoir le luxe de passer en premier. Seb avait des cuissardes de pêcheur. J’ai voulu lui faire remarquer qu’il aurait pu nous dire d’emmener des bottes quand tout-à-coup l’eau devint de plus en plus profonde et nous arrivait déjà jusqu’aux genoux. J’ai alors compris l’inutilité des bottes. Seb en profita pour préciser : « Lorsque les galeries sont inondées, il est rare que le niveau de l’eau dépasse la moitié des cuisses. C’est pourquoi les cuissardes sont très pratiques. Mais, par exemple, la galerie qui part à notre droite mène à un endroit appelé « La Plage Corse ». C’est un lieu magnifique mais protégé par une hauteur d’eau montant très facilement au dessus du nombril. Alors les cuissardes là-bas… »

plage_corseNous étions sous le 14ème arrondissement de Paris, quelque part entre le Parc Montsouris et la rue d’Alésia. Au fur et à mesure que nous arpentions les galeries, nous pouvions admirer différentes plaques gravées dans la pierre portant les noms des rues. Seb nous a fait remarqué que ce n’était pas systématique, bien au contraire. Nous avons pu observer des noms de rues comme « rue de la Tombe d’Issoire », « rue de la voie verte », « rue d’Alésia », et quelques autres.
Mais, toujours d’après notre guide, certaines rues ont changé de nom, comme la rue de la voie verte qui n’est autre que l’actuelle rue du Père Corentin. C’est d’ailleurs près de cette rue que nous avons fait notre première pause après une demi-heure de marche, dans une salle gigantesque, une des salles les plus célèbres dans le monde cataphile, la Plage, appelé ainsi à cause du sable dont est recouvert le sol.

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A notre grande surprise, nous vîmes de la lumière étrangère s’échapper de quelque part derrière les nombreux piliers qui soutiennent la Plage. Des jeunes, garçons et filles, buvaient leur bière et faisaient tourner le sbliff même aux nouveaux arrivés. D’autres groupes étaient dispersés dans la salle, il y avait dans chaque groupe au moins une lampe à acétylène comme celle de Seb.
La salle suivante, Marie-Rose, à 300 mètres de la Plage, était presque autant peuplée. Pendant notre balade, nous nous arrêtions un instant dans chaque salle ou endroit particulier qui se trouvait sur notre chemin : Byzance, le Cellier, la Boutique, les Dinos, la Librairie, le Cabinet minéralogique sont tous des lieux qui ont leurs propres particularités.
Le Cabinet Minéralogique est également un haut lieu des Catas. On y trouve un petit escalier qui servait de présentoir pour les différentes roches que les carriers trouvaient lors du creusage des galeries. Un endroit très prisé pour les squats d’une nuit, puisqu’on y trouve des pythons fixés dans les murs et les habitués du hamac y sont toujours accrochés. Mais, si lorsqu’on s’arrête on enlève presque le pull, au bout d’une heure sans bouger c’est le froid chargé d’humidité qui nous gèle, et là, il ne reste plus qu’à repartir,sauf si on a pensé à emmener un duvet.

En continuant, le faisceau de ma lampe a rencontré un énorme nuage de fumée. Seb s’est alors mis à rire et dit : »Axan doit être dans le coin, il aime bien le quartier et les fumigènes il les aime bien aussi ». Le fumigène d’Axan s’était répandu sur des centaines de mètres, nous plongeant dans une vision extrêment réduite, mais ça n’avait pas l’air de déranger Seb qui semblait plutôt ravi que la progression devienne plus difficile.
Quelques minutes plus tard, nous avons bifurqué dans une galerie que le fumi avait radicalement oublié. Nous avançions sous le cimetière du Montparnasse et nous nous approchions du « Carrefour des morts », un ossuaire non officiel. On pouvait nettement voir qu’on s’en approchait à la vue du nombre croissant d’ossements humains au bas des murs. « Ca fait froid dans le dos hein ? C’est l’accès à un des ossuaires du coin », Seb nous montrait un petit trou dans le mur, que l’on appelle une chatière. La galerie était couverte d’ossements et faisait seulement 60 centimètres de haut ! Seb est passé le premier nous promettant une magnifique salle au bout. Evidemment il s’était foutu de nous, et doublement, car le bout de la galerie était un cul-de-sac… aller-retour en rampant sur les ossements… j’aurai dû m’en douter de la part de ce mec !
Nous avons continué en passant devant la tombe de Philibert Aspairt, un pauvre homme mort de faim dans les catas il y a plus de 200 ans à une centaine de mètres de la sortie. Il y a quelques années, il y a eu une fête mémorable pour le bicentenaire de la mort de celui qui montre le chemin, le Saint-Patron des cataphiles.

philibertLa tombe est souvent décorée d’une bougie encore allumée, une habitude pour rendre hommage… Nous sommes ressortis sans avoir vu le dixième des choses intéressantes du réseau du 14ème arrondissement : le Bunker allemand, la fontaine des Chartreux (une source d’eau potable parait-il), l’abri Faco, la mythique et gigantesque salle Z, les souterrains du Val de Grâce, l’Abri Laval, la Piscine, l’abri F.F.I… beaucoup de lieux chargés d’Histoire.
A Paris, les catacombes ou plutôt les vides de carrières souterraines s’étendent principalement sous les 14, 15, 6 et 5ème arrondissements (environ 100 km de galeries). Un autre réseau important se situe sous le 13ème arrondissement (25 km), d’autres réseaux plus petits sous les 16ème et 20ème arrondissements.

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Il faut noter que les entrées des Catas sont inlassablement fermées (plaques soudées, scellées, chatières d’accès au réseau injectées) par l’IGC (Inspection Générale des Carrières) puis rouvertes par les cataphiles.

Merci à Cryptel qui ouvre désormais les plaques soudées avec la meuleuse branchée dans le feu tricolore… et bonne balade sur la Petite Ceinture à la recherche de l’entrée…

Dafalgan, pour Cryptel.

Linkographie : http://www.cyberkata.org/.

Merci à Vatoo, Aaah, JM, Mikasoft et tous les autres qui m’ont accompagné lors de descentes mémorables et parfois de plusieurs jours (merci Drahiin !).
Merci enfin à Yoda du zine Gogo.

CRYPTEL 1999: Distribution autorisée et conseillée d’ailleurs !
Citez juste les AUTEURS et les SOURCES par simple politesse 🙂

 

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