Votre Généalogie - Philibert Aspairt
Virginie (Katafille) et Gilles Thomas nous livre un bel article sur les récentes découvertes faites sur notre célèbre Philibert Aspairt/Aper(t) ! Voir aussi: Philibert Aspairt
Texte en bas de la page

 

Révélation inédite

sur une tombe parisienne mondialement connue
Les carrières de Paris possédaient leur Toutankhamon.. .
elles attendaient leur Champollion.
Sous Paris il existe, dans le réseau de carrières appelées abusivement catacombes par simplification, une tombe libellée à la mémoire de Philibert Aspairt, qui disparut en 1793 et dont on ne retrouva le squelette qu'en 1804. On ne savait rien de plus sur ce personnage jusqu'au tout début de cette année 2010. Dorénavant, grâce à la consultation d'archives reconstituées suite à l'incendie de l'Hôtel de Ville de Paris pendant la Commune de 1871, on a enfin pu savoir qu'il était marié, où il habitait... et également contacter des descendants.

« L'INCONNU » DES CATACOMBES DE PARIS

C'est à l'éclaircissement de l'identité d'un inconnu célèbre dans le microcosme souterrain parisien (le «catacosme») que nous vous convions. Depuis une quarantaine d'années, des personnes avaient commencées à s'intéresser à une énigme parisienne souterraine, pour ne pas dire un mystère : qui se «cache » derrière le libellé du texte gravé sur une tombe dressée à 20 mètres de profondeur, dans les anciennes carrières souterraines de la Ville de Paris (dénommées abusivement depuis toujours catacombes), sous le boulevard Saint-Michel (5° arrondissement), face à l'École des Mines, donc pratiquement au droit du jardin du Luxembourg ? Le cippe vertical et monumental acculé dans un renfoncement de paroi stipule qu'il a été dressé à la mémoire de Philibert Aspairt, qui s'est perdu sous Paris en 1793 (le 3 novembre) et dont on a retrouvé le corps, plus exactement le squelette, le 30 avril 1804. Il y est précisé que ce précurseur des modernes cataphiles (arpenteurs clandestins des sous-sols parisiens) a été inhumé «en la même place». Cette tombe pourrait sembler anecdotique, mais il existe des voyageurs qui viennent de l'autre bout du monde pour la photographier, malgré l'arrêté du 2 novembre 1955, interdisant à quiconque de circuler dans les carrières souterraines de la capitale sans autorisation.

RÉFÉRENCES ET CITATIONS LITTÉRAIRES


Il existe dans les « Catacombes de Paris », l'un des quinze musées gérés par la municipalité, des monuments de même facture et qui d'ailleurs en sont relativement contemporains. Particulièrement ceux érigés en mémoire des combats des 28 et 29 août 1788, de la bataille du 28 avril 1789, et du massacre du 10 août 1792 des Gardes suisses aux Tuileries. Ces pierres tombales ont été érigées sous l'inspectorat d'Héricart de Thury,qui en parle dans son ouvrage Description des Catacombes de Paris (paru en 1815), mais oublie de faire la moindre référence à celui de Philibert Aspairt. Oubli volontaire ou non ? Revenons-en à notre pierre de Rosette qui attendait son Champollion qui en l'occurrence fut une «Champollionne ». Les faits certains ou avérés à partir desquels on pouvait faire débuter l'enquête étaient les suivants : si sur la tombe, et non un cénotaphe puisqu'il y est écrit « inhumé en la même place », est lisible la date du 30 avril 1804, celle-ci ne peut avoir été réalisée avant 1810, date de l'édification du mur de consolidation situé en face, et sur lequel se trouve gravée à la pointe sèche avec un léger rehaut de crayon, l'épure à l'échelle 1/1 du monument funéraire.


Le texte le plus proche de la date de découverte du corps est celui in situ du cippe, puisque dans la littérature il faut attendre 1854 pour en voir paraître une allusion. Cette année-là est écrit par Élie Berthet un roman à succès, s'intitulant tout simplement Les Catacombes de Paris. Selon le catalogue de la Bibliothèque nationale, ce roman fut publié sous une première version en 1832 (in folio imp.L.Grimaux) qui ne comprenait que 20 pages ; puis existent une édition en 4 volumes in 8° (éditions L de Potter) en 1854, une édition in 8° de 140 pages (aux Bureaux du siècle) et une édition en 2 volumes in 16 (chez Hachette) en 1863. L'édition de 1856 connut 22 réimpressions entre sa première parution et 1877. Dans ce roman, il est précisé que Philibert était « jardinier, portier ou sacristain » du Val-de-Grâce. En tant que portier, Philibert aurait alors également possédé les clefs d'accès aux galeries souterraines du couvent. Y étant déjà descendu, notre personnage de papier, car de roman, se souvient que l'escalier constitué de deux rampes contraire s'abouche « dans la cour du portier-consigne, au sud de la cour principale» mène « à des in-pace dont la vue fait frémir ». Descendu dans les carrières, il se hâta de remonter ses 101 marches, craignant de s'y égarer et de périr au milieu des galeries qui se croisent en tous sens, et souhaitant être préservé d'une pareille fin !


En 1867, un autre auteur, Pierre-Léonce Imbert, dans son écrit original décrivant ses « visites clandestines » mais avec ce même titre Les Catacombes de Paris (intitulé aussi fréquent que celui de «Paris souterrain ») reprend cette assertion de Philibert Aspairt «concierge du Val-de-Grâce». Cette fonction est certainement fondée, mais il convient de reconnaître que les divers fonds archivistiques consultés jusqu'ici étaient restés désespérément vides :archives militaires,Archives nationales, archives de la Préfecture de Police, archives de la Seine, etc.


Puis en 1908 dans son Paris souterrain, Émile Gérards reprit à son compte cette affectation et ce rôle de Philibert au sein de l'administration militaire... en agrémentant la découverte du corps de détails comme la présence, à proximité des restes macabres, des clefs du Val-de-Grâce et d'une ceinture de cuir (dont il ne devait rester plus certainement que la boucle de ceinturon); tandis que P-L Imbert parlait également de boutons de livrée éparpillés sur le sol.


S'il y a peu de raison de douter de l'activité professionnelle de Philibert Aspairt, qui 50 ans après la découverte de son corps était certainement encore connue, il est pour le moins troublant que ni Charles-Axel Guillaumot (Inspecteur général des carrières lors de la découverte du corps en 1804), ni Héricart de Thury (son successeur lors de l'hommage officiel qui lui fut rendu en 1810 par la transformation d'une simple tombe en ce majestueux mausolée), n'en parlent dans leurs écrits.

CERTITUDES HISTORIQUES AVÉRÉES PAR LES ARCHIVES

Au moment de la disparition de notre explorateur malheureux, les Archives nationales nous apprennent qu'un dénommé Lortille était portier aux carrières du Val-de-Grâce, site tout récemment dévolu un hôpital militaire (ce qu'il est toujours). puisque seulement depuis le 31 juillet 1793, par un décret de la Convention nationale. C'était en fait lui le détenteur officiel des fameuses clefs permettant d'accéder aux «catacombes du Val-de-Grâce ». Son rôle était d'ouvrir la porte le matin pour le service de l'Inspection des carrières, de la refermer le soir après la sortie du personnel, et de s'assurer qu'entre temps personne ne s'aventurait à y pénétrer, l'appel « irraisonné » du souterrain ayant toujours tenté de nombreuses personnes, adultes comme enfants, ce qu'évoquent certaines notules dans la presse à toutes époques.
Ainsi, en juin 1870, trois enfants profitèrent d'un moment de distraction du garde devant l'escalier de la place du Maine, pour franchir la porte d'accès aux carrières. La balade clandestine tourna court car ces jeunes « aventuriers » furent rencontrés durant leur promenade et ramenés manu militari à la surface.
Quant à notre Philibert, une belle (et triste) histoire voudrait qu'il se soit perdu en allant via le réseau des galeries souterraines chercher du «bon» vin dans les caves voisines de révérends pères réputés pour leur élixir, la liqueur des fameux pères Chartreux. Ce qui dut fonder cette légende est certainement le fait que le squelette fut trouvé à la base d'une consolidation souterraine sur laquelle se lit « Sous le mur des Chartreux ». Or le couvent était fermé depuis 1792 et ses bâtiments, libérés des religieux, étaient facilement accessibles car le mur de pourtour présentait plusieurs brèches; ce qui est évoqué dans certains rapports des Archives de la Préfecture de Police datés de cette époque précise (carton 198, folio ancien 49 devenu 143) Si l'on découvrit le squelette de Philibert Aspairt au pied d'un mur matérialisant la propriété des Chartreux en surface, on peut imaginer sans peine que s'il se trouva pour une raison quelconque en manque de lumière, il ne dut pas se contenter d'attendre patiemment une délivrance hypothétique qui ne vint d'ailleurs jamais, mais qu'il dut chercher à ressortir de lui-même en tâtonnant dans l'obscurité la plus totale. Et donc, il vint certainement rnourir au pied de ce mur par le plus grand des hasards.

DES FONDS ARCHIVISTIQUES LACUNAIRES À CAUSE DE LA COMMUNE

Si une partie du voile recouvrant la personnalité et les origines de notre « homme perdu dans les catacombes de Paris » vient aujourd'hui d'être levée, cela n'est en revanche pas dû au hasard, mais à la persévérance de Virginie (ndc : katafille) poursuivant les recherches avec assiduité, dans des archives pourtant déjà explorées auparavant.

En 187 I, lors de la Commune de Paris, plusieurs bâtiments notables furent incendiés: les Tuileries, l'Hôtel de Ville (reconstruit à. l'identique). le petit palais de la Légion d'honneur et celui de la Cour des comptes, la manufacture des Gobelins, ainsi que des maisons particulières ; d'autres furent également visés, mais en réchappèrent heureusement. Par manque de chance cruelle, les archives de l'Inspection des carrières qui avaient été transférées à l'Hôtel de Ville peu de temps auparavant pour les mettre l'abri des Prussiens qui se trouvaient l'année d'avant aux portes de capitale, furent totalement détruites dans l'incendie qui ravagea non seulement la bibliothèque municipale installée dans les combles et riche de quatre-vingt mille volumes dont plusieurs milliers de manuscrits (pas un seul n'en réchappa), mais aussi les Archives de la Seine. Il fallut alors reconstituer l'état civil parisien disparu à partir de divers fonds qui existaient ailleurs, récolement qui prit plusieurs années et ne sera malheureusement jamais complet. C'est ainsi qu'entra le 20 septembre 1873 une pièce manuscrite concernant l'ancien 12e arrondissement: un avis de décès daté du 12 Floréal an XII (2 mai 1804, soit deux jours après la date du monument) et se rapportant à un dénommé Asper, Philibert de son prénom, et «carrier» de profession déclarée, disparu «depuis dix à douze ans » selon l'extrait du registre des actes de décès. En revanche, pourquoi est-ce l'hôpital de la Salpetrière qui était dépositaire de cet avis de décès ? Comme ce n'était pas un cadavre en « bonne et due forme » puisqu'à l'état d'ossements, cela ne relevait effectivement pas de l'Institut médico-légal, mais soit !

Certains pourraient (se) poser la question « Comment se fait-il que lors de l'édification de la stèle (supposée en 1810) on connaisse précisément le jour de la disparition de Philibert alors que sur l'acte de décès il est seulement fait mention d'une fourchette d'une dizaine d'années ? ». Mais n'oublions pas qu'il s'est écoulé au moins 6 années entre la découverte et l'identification des restes humains, et la réalisation du monument commémoratif; il y a eu tout loisir de trouver la date exacte de la disparition de Philibert de la surface parisienne !

UNE IDENTIFICATION PERMETTANT ENFIN D'ATTRIBUER UNE FAMILLE À NOTRE DISPARU

Par cet acte de décès, nous apprenons que Philibert, agé de 62 ans au moment de sa mort, était natif du Puy-de-Dôme. Marié à Élisabeth Millard, il demeurait au 129 de la rue St-Jacques, soit l'actuel 242. Les archives de Salmeranges, sa commune de naissance, nous confirment qu'il y est né le 13 avril 1732. de François son père et Marie Cierge, sa mère. Nous sont,par le même document, précisés les noms de son parrain (Philibert Martel; même prénom, ce qui n'est guère surprenant, et nom de famille qui deviendra célèbre plus tard par l'entremise d'un Edouard-Alfred Martel, le père de la spéléologie, donc un autre précurseur des explorations souterraines, mais sans aucun lien de parenté !), et sa marraine (Anna Asper).

Nous en savons donc maintenant infiniment plus sur Philibert Asper(t) /Aspairt, mais de nouvelles interrogations apparaissent :si sur la tombe il est écrit la seconde version du nom, c'est qu'il doit (ou dut) certainement exister un écrit avec cette graphie. Que les dates soient gravées en calendrier grégorien n'est point étonnant puisqu'elles l'ont été après I 810. Mais pourquoi «carrier » comme profession ? Était-il un ouvrier de l'Inspection des carrières, dont certains étaient effectivement des carriers, ou bien est-ce tout simplement parce qu'il a été trouvé dans une galerie de carrière que cette conclusion a été tirée ? Nous ne le pensons pas puisque sa veuve Élisabeth Millard étant toujours de ce monde lors de la découverte du corps / squelette, elle ne pouvait que certifier / confirmer sa profession. Alors son métier de portier est-il une réminiscence des romans écrits postérieurement à l'inhumation du corps,et surtout à la réalisation de cette stèle honorifique. ce monument de gloire ?

En revanche, ce que nous ne saurons vraisemblablement jamais, C'est quelle fut la véritable raison de la présence de Philibert sous Paris en cette période sombre de la Révolution française; par simple curiosité, s'il n'avait pas y travailler ? Et pourquoi Guillaumot comme Héricart de Thury, qui de manière surprenante n'en parle pas ni l'un ni l'autre dans leurs écrits, décidèrent-ils de le faire inhumer sur place sous une tombe individuelle, et non de transférer les restes dans l'ossuaire des Catacombes comme cela était l'usage pour toute découverte d'ossements ? Qu'il ait eu droit à une tombe individualisée n'est pas étonnant puisque ce n'était pas un mort anonyme. mais bien identifié. Mais pourquoi ne pas l'avoir enterré dans un cimetière comme tout un chacun, et au contraire l'avoir doublement enterré puisque également à 20 mètres sous terre ?

Dans l'ossuaire parisien des «catacombes», il existe une seule véritable pierre tombale, celle de Françoise Gellain dite Dame Legros, qui se prit de passion pour le prisonnier Latude au point de chercher à le faire évader de ses prisons successives. Mais ses ossements sont mêlés dans l'anonymat le plus parfait à ceux des six millions de corps qui y reposent_ Qui en a conscience ? Qui lui a rendu, ne serait-ce qu'une seule fois, hommage, excepté Clémentine Portier-Kaltenbach dans la dédicace de son livre sorti le 4 avril 2007 (date anniversaire de la création de l'Inspection des carrières, l'année 1777), Histoires d'os et autres illustres abattis; l'incipit étant dédicacé «À Françoise Gellain, épouse Legros... Seule défunte des catacombes identifiée par une plaque funéraire. »

APPARITION DE NOUVELLES INTERROGATIONS

A contrario. cette tombe de Philibert, si elle est la seule en dehors de l'ossuaire, et c'est une vraie tombe i.e. avec un corps en dessous jusqu'à preuve du contraire, est mondialement vénérée et citée. En effet, l'histoire de cette personne qui s'est perdue sous Paris et y a été enterrée, ou du moins la légende telle que transmise par Émile Gérards, est régulièrement évoquée dans les médias dès que ceux-ci font un «papier» sur le musée des Catacombes de Paris. Pourtant cette stèle individuelle et particulière se trouve en dehors du circuit ouvert aux touristes (situé au sud de la place Denfert-Rochereau et qui se développe sur environ un kilomètre et demi en linéaire), et bien loin de ce parcours public, car dans d'autres galeries de servitude (proches du jardin du Luxembourg), lesquelles sont officiellement interdites de visite, hormis pour des raisons techniques.

Par les documents d'archives ici révélés, de nouvelles pistes s'offrent dorénavant à nous. Il ne reste plus qu'a continuer de tirer sur le fil de la pelote que l'on vient de dégager de son amalgame obscur du début, pour espérer en savoir encore un peu plus sur quelqu'un qui n'est déjà plus un «illustre inconnu ». Il semblerait même que nous ayons trouvé des parents collatéraux. En revanche, s'il se trouve un véritable descendant, il n'aura pas la chance d'apprendre qu'un de ses riches oncles d'Amérique qui lui était jusque-là inconnu vient de décéder; mais néanmoins il se découvrira une parenté célèbre dont il ignorait sinon l'existence, du moins le lieu d'inhumation pour le moins unique et prestigieux, 20 mètres sous la capitale.

Dans le ciel noir des galeries de carrières sous Paris, brillent donc quelque part des étoiles, même si elles ne sont pas toujours très visibles !

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Nos sincères remerciements Nicole Aspert, pour les échanges téléphoniques et épistolaires, qui n'ont été virtuels que par l'emploi d'ondes électroniques,


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