Metro: Il y a une vie sous la terre Métro le 4 Juin 2009

Énième article sur les catacombes. Merci à YOK pour l'info. (www.1777.fr)
"Je connais des Canadiens qui viennent à Paris, et trouvent un job pour subvenir plusieurs mois à leurs besoins, rien que pour passer le reste du temps à parcourir les carrières" Gilles Thomas, spécialiste des sous-sols


Il y a une vie sous la terre
Les carrières souterraines de la capitale suscitent l’engouement de nombreux passionnés. Pourtant, ces lieux ne sont pas ouverts au public.



Roman en sous-sol
Notre visite des carrières a été organisée à l’occasion de la parution du
troisième tome de Tunnels, de Roderick Gordon et Brian Williams,
un roman que les auteurs britanniques situent dans les
profondeurs de la terre, en compagnie d’un jeune archéologue face
à des êtres surnaturels.
Tunnels : chute libre, éditions Michel Lafon, 460 pages, 15 euros.



Rue du Faubourg- Saint-Jacques, dans le XIVe ar­rondissement, un jeudi en début de soirée. Les ambulances effectuent leur ballet quotidien à l’entrée de l’hôpital Cochin, bourdonnant d’activité.

Sous les pieds des infirmières

C’est là, ou plus exactement à une trentaine de mètres sous les pieds des infirmières, qu’un autre Paris vit sa vie en silence : celui des carrières souterraines.

Un petit escalier de service et une centaine de marches permettent de rejoindre ce site, placé bien en dessous du métro et des égouts, et pres­que au niveau du RER.

Des kilomètres de galeries

La carrière des Capucins est un labyrinthe de tunnels pour celui qui ignore le chemin à suivre. Des kilomètres de galeries, creusées à la pioche par les carriers au Moyen Age pour fournir en pierres les monuments parisiens. Un air pur et humide, et une température proche de 13 degrés tout au long de l’année. Ici, pas de rats mais une faune qui se limite à de petits myriapodes. Et surtout, un silence d’outre-tombe et des poches d’obscurité totale que la lumière de la torche peine à traverser.

Des visites illégales

Depuis que Louis XVI a créé, en 1777, l’inspection des carrières, afin de consolider le sous-sol parisien victime d’effondrements à répétition, de nombreuses générations se sont relayées, jusqu’aux passionnés qui sillonnent au­jourd’hui, le plus souvent illégalement, les labyrinthes souterrains. “La fréquentation des carrières souterraines ne date pas d’hier, remarque Gilles Thomas, notre guide, spécialiste du sous-sol parisien et auteur de l’Atlas du Paris souterrain, qui fait référence. Mais les ‘cataphiles’ sont nombreux, et cette activité est à son apogée. Je connais par exemple des Canadiens qui viennent à Paris, et trouvent un job pour subvenir plusieurs mois à leurs besoins, rien que pour passer le reste du temps à parcourir les carrières”.

Les “cataphiles” sont d’ailleurs souvent affublés d’un pseudo, et leur signature est visible en de nombreux points. Que cherchent-ils ? “Quand on est ici, on perd totalement la notion du temps, explique Gilles Tho­mas, pour qui une visite doit durer au moins huit heures. On ne peut pas anticiper le chemin à cause de l’obscurité et du silence. La seule chose qui puisse nous relier au temps, c’est la faim ou la pile de la lampe torche qui s’épuise.”
De temps à autre apparaissent des dessins au charbon de bois, inaltérés, tracés il y a deux cents ans par les hommes de l’inspection des carrières venus consolider le site. Ou par d’autres visiteurs, comme ces étudiants du Kremlin-Bicêtre venus au début du XXe siècle baptiser leur “rond-point des Bices­trois”, afin de narguer leurs camarades installés au-dessus.

Un lieu patrimonial

La visite des galeries révèle l’intense activité humaine qui agite le lieu depuis des siècles : signatures des inspecteurs des carrières, sculptures, plaques indiquant les noms de rues, traces de pioche… Mais aussi les histoires et légendes qui y sont associées. On sait, par exemple, qu’en 1700, un portier du Val-de-Grâce est descendu dans les galeries et s’est perdu en route. Son corps a été retrouvé cent ans plus tard. Il y a quelques années, un amateur a failli rééditer l’expérience, mais la police est parvenue à le retrouver après trois jours passés seul dans l’obscurité. “C’est un lieu de patrimoine, mais sans guide on ne voit que des galeries souterraines, assure Philippe Thévenon, président de la Société d’études et d’aménagement des ancien­nes carrières des Capucins (Seadacc), en charge du site. Il a d’ailleurs accueilli le public durant les journées du patrimoine. Cela s’est arrêté, car la Ville a demandé une mise aux normes de sécurité, et cela coûte très cher.” Le lieu est promis au silence pour de longues années encore.

» Le livre de référence :
Atlas du Paris souterrain, la doublure sombre de la Ville lumière, sous la direction d’Alain Clément et Gilles Thomas, éditions Parigramme, 45,43 euros.
» Infos: www.seadacc.com
Vincent Michelon

Vincent Michelon
Metrofrance.com, à Paris

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