Paris : une incroyable vie souterraine Réponse à Tout  d'avril 2005


Un article racoleur sur les activitées cataphiles sous la capitale.
"Les policiers ont établi leur “ portrait robot” : le “ cataphile ” type est jeune (68 % ont moins de 25 ans), masculin (16 % de femmes seulement), étudiant (41%) et descend essentiellement le week-end."

Article de journal Chaque week-end, le sous-sol de la capitale devient le repaire des “ cataphiles ”. Dans les entrailles des anciennes carrières, au fil de 300 kilomètres de galeries, ils passent des heures à explorer, méditer, sculpter, peindre ou faire la fête.

En septembre 2004, des policiers découvrent une salle de projection clandestine, à 18 mètres sous le Trocadéro. Du jamais vu. A l’entrée de la galerie, un bureau et une caméra destinée à signaler les intrus. Le mécanisme enclenche des aboiements de chiens pour dissuader les visiteurs. Dans une cavité de près de 400 m2, un nécessaire de projection professionnel avec un écran, des chaises et des gradins taillés dans la pierre. Une autre cavité est aménagée en salle à manger, avec un espace bar où traînent des bouteilles d’alcool. Les policiers trouvent aussi des films noirs des années 50-60, deux croix gammées au plafond, des croix celtiques et des étoiles de David. L’hypothèse de réunions de groupuscules d’extrême droite, un moment avancée, aurait été écartée.

“ Ne nous cherchez pas ”

Le cinéma fonctionne à l’électricité. Des prises illégales sont découvertes par la police, ainsi qu’un téléphone. Lorsque les policiers descendent, quelques jours plus tard, en compagnie d’agents EDF, pour chercher d’où provient l’électricité, tout a été débranché. Ils trouvent juste ce message : “ Ne nous cherchez pas ”. Le réseau de galeries qui s’étend sous Chaillot est long de 7 kilomètres. Mais il est interdit de pénétrer et de circuler dans le vide des anciennes carrières par un arrêté du 2 novembre 1955. Sous peine de contravention.

Messes noires, sectes et trafics de drogue : des rumeurs

Une interdiction qui n’émeut pas les “ cataphiles ”, ces amateurs du gruyère parisien. Un monde solidaire, qui n’aime guère être exposé à la lumière. Si les rumeurs autour de messes noires, de sectes ou de trafics de drogue sont tenaces, rien de tout cela, pourtant, ne se déroule dans les sous-sols de la capitale. Les amoureux des carrières et des catacombes ne font que laisser libre cours à leur goût de l’insolite et à leur passion pour un patrimoine méconnu. Armés de bottes en caoutchouc, d’une lampe, ils ne craignent pas de marcher plusieurs centaines de mètres le dos courbé. Ils rampent, se faufilent dans des chatières à peine plus larges que les épaules, et traversent des galeries inondées. Qui sont-ils ? Les policiers ont établi leur “ portrait robot” : le “ cataphile ” type est jeune (68 % ont moins de 25 ans), masculin (16 % de femmes seulement), étudiant (41%) et descend essentiellement le week-end.

Ils ne s’appellent que par des pseudonymes

Membres d’une communauté secrète, les “ cataphiles ” ne s’appellent que par leurs pseudonymes . Certains descendent pour faire la fête ou jouer des percussions. D’autres, tailleurs de pierres ou peintres muraux, pour exercer leurs talents. Ce qui les motive : les curiosités du sous-sol de la capitale. Une gargouille et une tête de bouc sculptées dans un style gothique sous le XIVe arrondissement. Ou encore la “ méduse ”, une concrétion naturelle sous le parc Montsouris, mais aussi les petits hommes blancs du peintre Jérôme Mesnager ou des fresques murales. D’autres se retrouvent dans des salles chargées de plus de deux siècles d’histoire : la tombe de Philibert Aspairt, le portier du Val-de-Grâce, qui s’est perdu une nuit de 1793, dans les souterrains de la capitale. L’abri des FFI sous le lion de Denfert-Rochereau ou la salle du “ trou de la reine ”, le cabinet d’aisance d’Anne d’Autriche qui débouche à quelques dizaines de mètres sous le Val-de-Grâce.

Ils organisent un festnoz sous terre

Parfois, aussi, ils font la fête ! En 2002, un festnoz breton est organisé sous terre pour plus de 300 personnes. Une demi-heure de marche pour accéder à une grande salle et danser la gavotte à 20 mètres de fond. Ces soirées, comme le “ ktacooking ”, un concours de cuisine souterrain, ou le “ktasprint”, une course dans les dédales des galeries, restent exceptionnelles. Les “ cataphiles ” aiment partager leur passion, mais apprécient avant tout la tranquillité des sous-sols. Pour éviter toute intrusion et tout débordement, ils n’hésitent pas à marquer leur territoire en lançant quelques fumigènes préventifs.

Jeux dangereux

Le problème est que les carrières, à la différence de l’ossuaire aménagé sous la place Denfert-Rochereau (le musée des Catacombes), recèlent plusieurs dangers à l’origine de leur interdiction. Outre les agressions potentielles, le risque de contracter la leptospirose, une maladie transmise par l’urine des rats qui peut être mortelle, et le danger d’effondrement. D’où des parties de cache-cache hebdomadaires avec la police. Les mauvaises chutes restent cependant la principale cause d’accidents.

Des agents très spéciaux

Ce sont les agents de la Brigade d’Intervention de la Compagnie Sportive qui veillent sur les carrières souterraines et les catacombes de la capitale. Leur territoire couvre 770 hectares et s’étend sur 300 kilomètres de galeries. Il y fait 13° l’hiver comme l’été, le jour comme la nuit, et la lumière du soleil n’y parvient jamais. Leur équipement comporte, outre le 38 réglementaire, un casque, une lampe frontale, un baudrier, des mousquetons, des dizaines de mètres de cordes, sans oublier le carnet à souches. Lorsque le plan ORCCA (Organisation des Recherches et Contrôle des Carrières) est déclenché, ce sont alors pas moins de 180 personnes (policiers, maîtres-chiens, pompiers, inspecteurs des carrières...) qui peuvent être réunies pour rechercher une personne disparue ou en fuite ! En dehors de ces cas extrêmes, les descentes habituelles se font à une dizaine de fonctionnaires, et sont calquées sur les horaires des “ cataphiles ”, les vendredis et les samedis soirs.

Vent de panique à la Santé

Selon la version officielle, le 10 août 2004, des détenus étonnés d’entendre en pleine nuit des bruits suspects provenant des sous-sols de la prison de la Santé préviennent l’administration pénitentiaire. Celle-ci appelle les services de l’Inspection générale des carrières. Les agents de cette unité, créée en 1777 par Louis XVI, explorent les carrières situées en dessous, constatent l’existence de cinq galeries suspectes contenant quelques outils et les rebouchent. Grande évasion en vue ? Compte tenu du caractère sensible de la prison et de la présence de dangereux terroristes, le parquet confie l’enquête à la section antiterroriste de la Brigade criminelle ainsi qu’à la Brigade de répression du banditisme. L’enquête piétine... En fait, ces bruits suspects ne proviendraient que d’explorations nocturnes de “ cataphiles ”. C’était quelques jours avant la découverte de la salle de projection sous le Trocadéro.

Mélodie en sous-sol

Un événement étrange dans les catacombes était déjà rapporté par Le Journal du 3 avril 1897. Une centaine de personnes triées sur le volet avait été conviée, la nuit précédente, à une fête originale. Se faufilant par une étroite porte de la rue Dareau, ces privilégiés commençaient de là leur descente vers les galeries. “ Des hommes noirs guidaient la route avec des bougies, écrit Le Journal, dont la lueur tremblante éclairait mélancoliquement les rangées de crânes, les colonnettes de tibias, qui sont la gloire macabre de notre capitale. ” Pourquoi cette fête ? Des littérateurs, des peintres, des musiciens, devisant certain soir après joyeux repas, avaient constaté, unanimement, que la marche funèbre de Chopin, jouée la nuit, dans le décor pittoresque des catacombes ne pouvait manquer de produire sur les auditeurs une impression assez caractéristique ! Et c’est ainsi qu’un orchestre composé d’excellents éléments, recrutés parmi les artistes de l’Opéra, exécuta la Marche de Chopin, la Danse macabre et d’autres morceaux de circonstance.

Radioscopie de l’underground parisien

Le sous-sol de Paris est un univers fascinant et complexe : des centaines de kilomètres de galeries de carrières, véritable matrice de la ville, de voies d’eau et d’égouts, un réseau de transports très élaboré et toujours plus dense, des cryptes et des catacombes, une rivière disparue... Ce monde caché constitue les coulisses d’une ville ordonnée, qui très tôt a choisi d’utiliser avec intelligence ses profondeurs : on y trouve les galeries héritées des constructions du passé et des carrières de calcaire et de gypse, les tunnels percés pour le métro (169 km), les égouts (2000 km), et les autres canalisations (eau, téléphone, électricité...). Pour des questions de sécurité, et afin de prévenir les risques d’affaissement, le sous-sol parisien dans son ensemble est inspecté régulièrement. Depuis la création de l’Inspection générale des carrières (IGC) en 1777, nombre de galeries ont été comblées, et les quelque 300 kilomètres qui demeurent des anciennes carrières (770 hectares, 6 millions de mètres cubes) font l’objet d’une surveillance constante par les brigades de l’IGC pour prévenir et combler les excavations. Les remous de la nappe phréatique doivent être constamment mesurés, et les fondations de nombreux immeubles régulièrement pompées. C’est le cas de l’Opéra-Bastille, où une pompe rejette au rythme de 100 mètres cubes/heure les eaux dans la Seine. Il en ira de même pour le prochain Musée des arts premiers, sur le quai Branly. En réalité, les dangers viennent surtout de la nature elle-même, imprévisible. Ainsi, en 1975, les géologues ont découvert sous la gare du Nord une poche de plusieurs milliers de mètres cubes, grande comme l’Arc de Triomphe, formée par l’infiltration d’eau dans le gypse...

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