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Des moulins souterrains pour alimenter la vie de la surface Le Courrier (Suisse) du 29 juillet 2003

Article de journal Des moulins souterrains pour alimenter la vie de la surface




EAU DOUCE (V) - Dans le canton de Neuchâtel, les moulins souterrains du Col-des-Roches sont les témoins privilégiés de l'histoire de l'eau. Aujourd'hui «à sec», ils font jaillir encore bien des idées. «De prime abord, construire un moulin sous la terre relève de l'aberration! Mais, en l'occurrence, c'était la seule manière de produire une énergie nécessaire à la vie», confie Caroline Calame, historienne et conservatrice du site des moulins souterrains du Col-des-Roches, sis à 2kilomètres du Locle. Hors service, transformés en lieu de tourisme depuis quelques années, les moulins n'en demeurent pas moins une curiosité qui rappelle une partie de la formation des Montagnes neuchâteloises et leur épopée aquatique. C'est à la fin de la période crétacée, il y a cent trente millions d'années, que s'est terminée la formation de la vallée du Locle. A ce moment, le Jura se plisse et donne une nouvelle activité aux cours d'eau. Le Doubs approfondit son lit. Et, au Locle, Le Bied creuse le sien: l'eau s'écoulait alors à ciel ouvert. «A la suite d'un choc ou d'un éboulement, la vallée du Locle s'est fermée. Le Bied a alors trouvé un écoulement souterrain au Col-des-Roches, devenu l'unique exutoire. Et les eaux ont creusé une grotte», explique Caroline Calame. Le Col-des-Roches (originellement Cul-des-Roches) s'est alors transformé en emposieu, «un puits naturel qui relie les eaux de surface aux eaux souterraines», un classique du paysage karstique jurassien, abondamment marqué par les dolines, ces dépressions circulaires où l'eau s'infiltre.


UN LAC DANS LA VALLÉE

Au XVIesiècle, quand débute l'histoire des moulins du Col-des-Roches, la vallée du Locle est très fréquemment inondée et se transforme souvent en lac. Située à l'autre bout de la vallée, Le Locle, première commune des Montagnes neuchâteloises, est épargné. Et regorge d'eau potable, contrairement à La Chaux-de-Fonds. «En fait, la grande histoire du Col-des-Roches commence en 1660, avec Jonas Sandoz, un personnage très riche qui obtiendra les concessions d'exploitation des moulins et creusera la grotte pour y installer cinq roues hydrauliques, trois à quatre moulins à grain et un battoir permettant autant d'écraser de la nourriture pour les animaux que du chanvre ou du lin destiné, quant à lui, à la fabrication de dentelles», précise la conservatrice.
Au XVIIIesiècle, attirés par la présence de Rousseau dans la région, de nombreux touristes viendront visiter les moulins et leur particularité: tout le travail, y compris celui de la scierie qui apparaît au XVIIesiècle, se fait sous la terre et dans de rudes conditions. Néanmoins, la curiosité des touristes diminuera vers 1820, en même temps que l'horlogerie se banalisera.


DES ÉPIDEMIES AUX ABATTOIRS

A cette même époque, Le Locle devra faire face à d'importantes inondations. Un canal sera creusé et une partie des eaux dérivées. Mais les choses ne s'arrangeront guère et la seule solution résidera dans l'abaissement du niveau du Bied. «Eberlé, propriétaire d'alors qui avait par ailleurs remplacé les roues par des turbines avait peur de perdre une partie de son exploitation. Et, chose incroyable, alors que la Révolution de 1848 avait rendu son indépendance à Neuchâtel, l'Etat confirmera les concessions hydrauliques, et notamment celle d'Eberlé. L'intérêt d'un privé aura raison de celui de la collectivité publique, alors rongée par les épidémies!» souligne Caroline Calame.
L'abaissement du Bied aura tout de même lieu quelques années plus tard et Le Locle trouvera la solution en achetant les moulins. La vallée sera assainie et les installations continueront de fonctionner jusqu'à l'apparition de l'électricité, vers 1890. Les moulins seront bientôt transformés en abattoirs où l'on tuait les bêtes malades qui ne passaient pas le proche contrôle frontalier. Si bien que la grotte du Col-des-Roches se transformera lentement en une grande poubelle, où passeront même le surplus des égouts du Locle: «Il s'agit d'une histoire mal-aimée, mais pourtant très intéressante d'un point de vue industriel, puisque l'on tentera ensuite de faire ici ce qu'il y avait de mieux en matière d'hygiène», observe Caroline Calame.


UN MOULIN À IDÉES

En 1973, lorsqu'une équipe de passionnés structurés en Confrérie des meuniers du Col-des-Roches se chargera de réhabiliter moulins, ce ne seront pas moins de 35000 brouettes de déchets qui seront déblayés. Bichonnés, les moulins pourront rouvrir leurs portes en 1987. Tandis que Marc-Olivier Gonseth, collaborateur au Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN), mettra sur pied une exposition reliant l'histoire des moulins à celle de l'eau, du pain ou de la frontière avec la France, qui est à deux pas.
Caroline Calame conclut: «Le moulin était un lieu très social où chacun amenait son grain au meunier avant de reprendre la farine. Sa recomposition symbolique lui donne une seconde vie, celle d'un «moulin à idées». Et nous mettons tout en oeuvre pour que l'eau puisse un jour y circuler à nouveau.» Note :
Les moulins souterrains du Col-des-Roches: une grotte, un musée. Ouvert tous les jours. Le musée se visite librement de 10h à 17h30. La grotte se visite avec un guide à 10h15, 11h30, 13h30, 14h45, 16h. Dès novembre: changement d'horaire. Sur réservation, les groupes peuvent visiter les moulins toute l'année et en dehors des horaires.
Rens.: www.lesmoulins.ch, ou 032 931 89 89.

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