Le travail des hommes et de la nature"grâce à ces argiles, à ces calcaires et à ces gypses, Paris a trouvé sur place tous les matériaux dont il avait besoin."Cette phrase, extraite du Tableau de la géographie de la France (1903) du célèbre géographe Paul Vidal de la Blache (1845-1918), rappelle la variété du sous-sol parisien : ici se concentre une multitude de sédiments, déposés depuis 60 millions d'années et dont l'exploitation a fait du sous-sol de Paris le "gruyère" que l'on connaît aujourd'hui.
Dès l'époque gallo-romaine, le calcaire de la colline Sainte-Geneviève est exploité pour fabriquer la pierre à bâtir, et le gypse de la butte Montmartre pour faire du plâtre. Si ces deux matériaux naturels sont les plus connus, il ne faut pas oublier la craie, que l'on trouve sur le territoire de l'actuel département des Hauts-de-Seine, à Sèvres, Meudon, ou encore à Clamart. Parmi les autres richesses géologiques qui entrent dans la composition des habitations et des monuments du Bassin parisien, les sables de Fontainebleau, pour la verrerie et la fonderie.
Toutes les cavités du sous-sol ne proviennent pas de cette utilisation intensive.
Certaines sont tout simplement naturelles. Depuis une quarantaine d'années, on sait de quelle couche géologique précise part ce phénomène : ces inclusions de gypse, qui donneront naissance à des "bulles" de vide, se répartissent dans des niveaux trop profonds pour avoir été relevés, jusqu'alors, par les coupes de forage classique. En présence de l'eau, le gypse se dissout jusqu'à un point d'équilibre, où, par réaction naturelle... il cesse de se dissoudre. Mais lorsque cet équilibre est rompu, la dissolution a lieu entièrement et crée des poches souterraines. Le volume de ces " poches" peut atteindre plusieurs milliers de mètres cubes.
UN DOUBLE MOUVEMENT
La dissolution des inclusions de gypse profond a eu lieu à l'échelle des temps géologiques, en liaison avec une inversion du sens d'écoulement de la nappe phréatique à l'ère quaternaire. Mais, depuis un siècle, l'activité humaine influence ce mouvement, avec le pompage de cette nappe réalisé dans le nord de Paris pour les besoins de l'industrie. Après une période d'intensive exploitation de la nappe, qui a cessé dans les années 1970, on assiste depuis à sa remontée. Ce double mouvement, de baisse puis de remontée dans la circulation de l'eau, est à l'origine de la reprise de l'érosion gypseuse. La zone dite de dissolution, qui fragilise les sols de surface, couvre de nos jours une superficie de 7 737 hectares, essentiellement dans le nord de Paris et en Seine-Saint-Denis.
Les affaissements ou éboulements de la région parisienne n'ont occasionné ces dernières années que des dégâts matériels. Il n'en fut pas toujours de même. A Clamart (Hauts-de-Seine), il y a juste quarante ans, le 2 juin 1961, l'effondrement d'une carrière de craie avait englouti quinze pavillons et une usine, tuant sept personnes et en blessant une quarantaine.
D. B.
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